Presentation

Musique Territoriale France-Belgique

Le rôle et la fonction de la fanfare dans la mission de l'Armée du Salut

Comment annoncer l'Évangile au monde ? À travers le chant et la musique, entre autres, voilà comment les salutistes ont aussi choisi de témoigner de leur foi. Aucun mouvement religieux, sans doute, ne donne autant de place au chant et à la musique que l'Armée du salut. Non seulement on chante beaucoup dans les assemblées et même dans les circonstances les plus solennelles mais des chorales et groupes musicaux plus ou moins importants existent pratiquement dans chaque poste salutiste.

Les recueils de cantiques en usage dans les réunions doivent beaucoup à l'hymnologie protestante. Dans le monde entier, l'Armée du salut a ses poètes, ses auteurs, ses compositeurs et ses arrangeurs souvent remarquables. Les mélodies sont empruntées à des compositeurs britanniques, mais peuvent être aussi d'anciens airs populaires. Dans les réunions, le piano ou l'orgue électronique sont les instruments les plus fréquemment utilisés pour accompagner le chant des assemblées. Mais aussi les ensembles d'instruments de cuivre appelés improprement " fanfares " qui sont les formations typiques de l'expression musicale salutiste.

En France, outre la Musique nationale, existent quelques fanfares moins importantes, à Paris, dans l'Est et le Midi, et des chorales. Musiciens et choristes trouvent dans ces formations l'occasion d'un service particulièrement gratifiant. À travers la musique et le chant un grand nombre de jeunes, d'hommes et de femmes ont trouvé une possibilité d'expression collective de leur foi, de leur ferveur et de leur joie chrétienne.
Ces groupes sont encore un excellent moyen pour resserrer les liens de la communauté. Des classes de musique et des sessions de formation favorisent l'exercice des musiciens et l'instruction des plus jeunes.

Dès ses origines, avec le chant, l'Armée du salut utilise la guitare, le tambourin, le concertina et aussi la grosse-caisse, dans ses missions en salle ou en plein air.
Le tournant est pris en 1878, lorsque la famille Fry, méthodiste, se joint à l'Armée du salut à Salisbury (Grande-Bretagne). Le père, Charles, et les trois fils, Fred, Ernest et Bert sont d'excellents musiciens jouant d'un instrument de cuivre. Ils jouent dans la rue, couvrant ainsi le bruit des voyous, lors des défilés et des réunions en plein air.
L'Halleluja Brass Band fait des émules et remporte un succès immédiat. Si bien qu'en l'espace de six ans, 400 fanfares furent formées dans la seule Grande-Bretagne. Le terrain y est propice car la culture populaire britannique est déjà bien familiarisée avec les Brass Band. Très rapidement ce nouveau moyen gagne l'étranger, l'Europe, l'Amérique, et les colonies de l'Empire britannique.

" Richard Slater, affirme Robert Sandall auteur de The History of The Salvation Army, est le père de la musique dans l'Armée du salut ".
La collaboration de ce musicien de talent a été providentielle. En 1882, il assiste en curieux à des réunions et se convertit. Cependant, les salutistes n'avaient jusque-là aucune musique propre qui réponde à leurs besoins. Grâce aux efforts de Richard Slater, Fred Fry, Henry Hill et leurs successeurs, les musiciens salutistes disposent progressivement de toute la musique nécessaire pour l'accompagnement des chants, la marche dans la rue et les concerts qu'ils donnent. Cette musique, éditée par les départements musicaux, est la propriété de l'Armée du salut.

Depuis 1928, la musique des cantiques d’origine anglaise est fournie par le département musical de Londres : The Salvation Army Band Tune Book. En 1987, une édition refondue et mise à jour est publiée.
Mais dès 1908, l’adjudant Gottfried Gertsch, nommé à la tête d’un département musical suisse, avait orchestré les chants d’origine continentale. Son recueil pour tous les instruments d’une fanfare est encore en usage aujourd’hui : les deux volumes du Schweizer-Buch, aussi identifié par leur couleur, les « livres verts ».

L'histoire de la fanfare et de la Musique Nationale en France

En février 1881, la France est le premier pays d'Europe à accueillir l'Armée du salut. Au début, le maigre détachement salutiste ne peut pas compter sur le soutien d'une musique pour annoncer ses réunions. À l'occasion du 14 juillet 1882, les salutistes parisiens organisent un défilé du quai de Valmy vers le bois de Vincennes. Pour la première fois, quelques musiciens forment la tête de cette parade.
Plus tard, en février 1892, Le petit journal fait sa une sur le chahut d'un défilé salutiste sur le boulevard des Italiens à Paris : " Les salutistes s'étaient munis de trombones, de tambours et de grosses-caisses. Il paraît que ces instruments sont nécessaires à la célébration de leur culte ; malheureusement pour eux, M. Lozé (préfet de Police de Paris) leur a défendu de les faire entendre ; ils doivent se contenter de les exhiber. " La foule prend à partie la manifestation. Les premiers bousculés sont les quelques fanfaristes en tête du défilé.

La " Fanfare volante ", première fanfare salutiste constituée, voit le jour en 1895. Le major Albin Peyron, officier divisionnaire en Suisse romande, organise une formation permanente de musiciens suisses et français. Forte de 21 musiciens sous les ordres du sergent Rapp de La Chaux-de-Fonds (Suisse), elle est accompagnée du major Châtelain et fait à plusieurs reprises des tournées de concerts et de réunions. En janvier 1896, cet ensemble anime les 20 conférences que Catherine Booth tient à Rouen. La fanfare voyage, tantôt en train, tantôt en char ou en bicyclette, mais le plus souvent à pied. Jusqu'en 1901, la France et la Suisse forment un seul territoire salutiste et de fait, la fanfare volante est un ancêtre commun de Brass of Praise en Suisse et de la Musique nationale en France.

En France, la musique de fanfare garde une réputation de faible valeur artistique. C'est pourquoi, contrairement aux pays anglo-saxons, ce moyen d'expression est peu présent dans l'activité cultuelle salutiste française. Mais les visites de fanfares salutistes de qualité venant d'autres territoires ont toujours rencontré une enthousiaste adhésion de la part des auditeurs salutistes et du public. Ainsi quelques-unes font leurs tournées en France : Chalk Farm Band (en 1927 et 1936) Southsea Band, Salisbury Band ; Basel 1 Musikkorps (en 1934), Fanfare des Officiers suisse (en 1935) ; Men's Social Work Headquarters Band (en 1939).
Malgré de nombreux efforts pour organiser et entraîner des musiciens, la fanfare ne rencontre pas encore beaucoup de succès. De temps à autre, il existe quelques regains d'intérêt.

Autour de 1935, partout en France, l'animation des journées d'évangélisation est confiée à des fanfares constituées des cadets des écoles salutistes. Il n'existe pas de formation permanente et quelques cadets musiciens sont initiés et formés à la musique de cuivre. Ces fanfares d'officiers sont constituées en fonction d'événements comme, en février 1937, lors de la visite du commissaire McMillan, chef d'état-major. Insensiblement, un noyau se forme autour de la Fanfare de Paris.

Quand le brigadier Arthur Best, un ancien euphonium de l'International Staff Band, prend ses fonctions au service financier du QGT à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale, il forme un quartet (le Quatuor instrumental de Paris) pour montrer ce que l'on peut faire avec quatre musiciens efficaces. Le groupe est composé de l'adjudant Francis Evans (cornet 1), du capitaine Willy Crausaz (saxhorn alto), du brigadier Arthur Best (basse) et de l'adjudant Bardet (cornet 2), un ancien soliste de la fanfare des officiers suisse attaché au quartier général à Berne.
Après quelques semaines, ce groupe de qualité conduit une grande et mémorable tournée dans le Nord de la France (1938) et au printemps de 1939, en Alsace-Lorraine. La guerre met un terme au Quatuor instrumental de Paris.

Après guerre, seuls quatre ensembles semblent durablement constitués. Un mémoire de 1949 fait état de fanfares dans les postes de Marseille, Saint-Jean-du-Gard et Paris-Bastille. La Fanfare de Paris, ensemble de musiciens officiers au Quartier général de l'Armée du salut (QGT), complète cette liste. À la Pentecôte 1950, le major Pierre Poletti organise et dirige le premier camp de musique au château de Radepont (Eure).

En 1951, à la demande du commissaire Charles Péan, le sergent Josué Allard prend la responsabilité de créer et diriger un brass band salutiste permanent sur le modèle anglo-saxon. Il prend la direction de la Fanfare de Paris. Au printemps 1955, il est délégué par le QGT au congrès national des chefs de fanfares et de chorales anglaise, puis à une session d'étude à Sunbury Court (Grande-Bretagne).

Un rapport, daté de 1958, ne fait état que de 10 fanfaristes pour l'ensemble de la France, la plupart d'entre eux étant membres du poste de la Salle centrale à Paris. Quand le général et madame Kitching dirigent les réunions du congrès dans la capitale à l'automne de la même année, ils sont accompagnés par une fanfare de 30 musiciens. Le noyau est augmenté par les officiers musiciens du territoire et quelques invités.
En 1960, l'Armée du salut approuve les statuts de la fanfare. Le premier drapeau " Fanfare Nationale " et 5 nouveaux instruments sont consacrés.

En juin, la musique édite son premier disque : La route joyeuse. Une tournée de concerts se déroule dans le Sud-Ouest de la France, et un premier camp de musique est organisé aux Barandons (Haute-loire). Le 31 octobre 1960, à l'occasion du congrès national, la Musique Nationale et la fanfare de Tranås (Suède) remontent les Champs-Élysées à la tête du défilé salutiste. En 1961 pour les 80 ans de l'Armée du salut en France, la Musique nationale accompagne le général Kitching lors des plein-airs dans la capitale. En avril, un ensemble de 27 musiciens donne une série de concerts à Saint-Étienne, Lamastre, Saint-Georges-les-Bains et Grenoble.

Nommé en 1963, le capitaine Pierre Clément dirige la Musique nationale dans le cours des années soixante et soixante-dix. La formation va se présenter dans toute la France : Valence (1965) ; Marseille et Toulon (1966) ; Lille (1968) ; Le Havre (1971) ; Strasbourg (1971) ; Munster (1972) ; Ganges, Le Vigan et Mialet (1974) ; Le Havre (1978) ; Marseille et Nîmes (1980). En 1981, pour les cérémonies du centenaire de l'Armée du salut en France, la Musique nationale et la chorale des officiers sont au cœur des célébrations d'anniversaire. Le sergent Michel Chastagnier dirige l'ensemble de 1982 à 1985 et le 1er septembre 1986, Arielle Mangeard prend la direction de l'ensemble.

Au 1er janvier 2009, la Belgique et la France forme un territoire salutiste unique. À cette occasion, la Musique nationale change de nom et devient la « Musique territoriale : brass band, ensemble de cuivre de l’Armée du salut.»

Fidèle à sa mission, le brass band salutiste soutient les activités d'évangélisation de l'Armée du salut partout en France ou à l'étranger : Grande-Bretagne ; Suisse ; Canada (1991) ; Toulouse (1992) ; Nancy (1994) ; Le Havre (2000) ; Dieppe (2001) ; Nîmes (2002) ; Dunkerque (2007) ; Mazamet (2002, 2004 et 2008) ; Ganges (2006 et 2008) ; Lyon (2010), Saint-Etienne (2010) ; Belgique (1999, 2000, 2003, 2008, 2009, 2011) ; Marseille (2011) ; Italie (2012) ; Le Chambon-sur- Lignon (2013) ; Valence (2015) ; Strasbourg (2006, 2015).

Le choeur d’hommes de la Musique nationale enregistre et édite le disque Au chœur de la ville, en 1997. En 2003, l’ensemble, sous la direction exceptionnelle du colonel Robert Redhead, enregistre le disque compact Accords et à chœur. Pour noël 2014, le compositeur John Featherstone fait appel à la Musique territoriale pour assurer la partie orchestrale de sa cantate Voici Noël. En 2015, sous la direction du chef invité Olaf Ritman, la captation en direct du concert à l’Oratoire du Louvre permet l’édition du disque En concert.

La Musique territoriale représente l'Armée du salut dans les médias (télévision, radio, presse) ou au cours de manifestations publiques : Marmites à Noël ; Assises de la Fédération protestante de France (1996) ; Journées contre la violence (1999) ; Fête de la musique aux rythmes d'une fanfare sound system (2003, 2004). Depuis plusieurs années et plusieurs fois par an, la Musique nationale se présente en plein air dans les squares et jardins publics de Paris à l’occasion des festivals « Musique côté jardins ».


Ce qu'on demande d'une fanfare, c'est d'être un témoignage à la gloire de Dieu et un moyen efficace pour la proclamation de l'Évangile.


Pour en savoir plus:

BOON, Brindley. Play the music, play : the story of Salvation Army bands. London : Salvationist publishing and supplies, 1966. 231 p.

DELCOURT, Raymond. L'Armée du salut. 2e éd. Paris : Presses universitaires de France, 1989. 127 p.

POLETTI, Pierre. Soldats sans fusils : la bonne guerre de l'Armée du salut. Berne : Éditions de l'Armée du salut, 1972. 149 p.

WIGGINS, Arch. The History of the Salvation Army. Londres : Thomas Nelson and sons, 1964. Vol. 4, 410 p.

Dossier réalisé par Marc Muller, musicien.

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